Depuis des années le constat est le même, la France piétine, sous les gouvernements de droite comme de gauche, et même si l’humeur du moment a pu nuancer le propos, on n’a pas véritablement avancé.
Quatre ans passés en Suède m’ont donné envie d’examiner de plus près cette société régulièrement citée comme modèle, et ce que j’y ai trouvé a dépassé mes attentes. Alexandre Jardin venait de monter les Relais Civique et lançait l’Agence des Pratiques, et je m’étais portée volontaire pour identifier les best practices suédoises en matière sociale. L’Agence de Pratiques n’a jamais vu le jour, mais j’ai poursuivi mes recherches et observations dans l'idée de les publier un jour... projet que j’ai interrompu lorsque j’ai déménagé pour les Etats-Unis il y a un an. Je m’y remets aujourd’hui sur ce blog, parce que plus que jamais je souhaite partager ce que la Suède a à nous apprendre. J’ai repris mes notes que je publierai article par article au fil des jours en espérant que vous m'honorerez de quelques commentaires.
Je démarre aujourd’hui
par mon projet d’introduction, ma vision du « mal français » et des aspirations
qui ont vu le jour dans l’année qui a suivi les dernières élections
présidentielles... qu'il faut sans doute réviser aujourd'hui...
… Or donc, depuis des années, le constat est le même, la France piétine.
Les Français expriment leur malaise et leur ras-le-bol, dans une cacophonie où on a du mal parfois à discerner les critiques contre l‘immobilisme de celles contre les réformes.
Les réformes importantes sont reportées ou édulcorées, sous des gouvernements de gauche comme de droite, par manque de courage politique et la prise en otage de la société dans son ensemble par des intérêts corporatistes ou particuliers.
On reste figés dans des luttes idéologiques datant d’un autre siècle et un dogmatisme qui fait que tout doit nécessairement s’opposer.
On s’émeut devant des réalités sociales douloureuses, mais la solidarité qu’on agite reste un concept creux, un vœux pieux : solidarité oui, mais pas à mes dépends…
On expose et on traite les problèmes par le petit bout de la lorgnette, en juxtaposant des mesures ou des lois compartimentées, sans voir les choses dans leur ensemble ni en perspective, et sans véritablement résoudre les problèmes majeurs.
On réclame plus de moyens et moins d’impôts, comme si l’état faisait fleurir les richesses… sans se rendre compte que l’argent de l’état c’est le nôtre et qu’il se doit d’être bien géré…Et quand il est question d’économies, de productivité de l’état, on se mobilise pour les éviter…
On se réfugie dans les jupes de l’état Providence, contre lequel on se révolte et on râle en permanence, pleins de défiance sans bien réaliser que le pouvoir, c’est le nôtre, la société, nous en sommes tous responsables.
Les politiciens
clament qu’ils vont changer les choses mais ils sont impuissants, comme
paralysés par une machine qu’ils semblent ne pas maîtriser.
Et pour finir, on se laisse séduire par les discours des extrêmes...
Jetées ainsi pèle-mêle, ces dénonciations un brin provocatrices stigmatisent un état grippé, des politiciens et des citoyens qui n’assument pas leur rôle. Il n’y a pas de quoi se réjouir. Malheureusement, la politique semble être un jeu… où celui qui crie le plus fort gagne...au détriment de tous les autres.
Le petit Larousse
donne une définition très réductrice de la politique: n.f. Ensemble des
pratiques, faits, institutions et déterminations du gouvernement d’un état ou
d’une société ; manière d’exercer l’autorité dans un état ou dans une société.
adj. Relatif à l’organisation et au gouvernement d’un état, à la lutte pour le
pouvoir.
Notre démocratie
se résumerait donc à des institutions et aux rouages du pouvoir?
C’est, en gros, ce que l’instruction civique enseigne à nos enfants. Et c’est
peut-être un peu incomplet? Toute notion de valeurs, de responsabilisation, de
participation, de contribution au tout et toute notion d’avenir y sont
absentes. Les français spectateurs, désolidarisés des élus qu’ils ont pourtant
choisis et des politiques adoptées peuvent donc en toute impunité transgresser
les règles, tirer la couverture à eux, piquer leurs coups de gueule et mépriser
leurs gouvernants : ils ne sont responsables de rien…
Pendant ce temps,
les media, à de rares exceptions près, accentuent les aspects négatifs,
exacerbent les luttes entre les groupes sociaux et contribuent à rendre une
image encore plus fragmentaire des politiques gouvernementales. Telle petite
mesure, telle petite phrase, sorties d’un contexte global et de ses enjeux
réels, jète subrepticement de l’huile sur le feu. Ils contribuent à leur
manière à paralyser le débat.
Et à l’étranger on
s’interroge. Voltaire et Montesquieu se retournent dans leur tombe ? Quand et
comment diable la France a-t-elle perdu ses lumières ?…
Heureusement, des
voix s‘élèvent pour redonner à la politique toute sa dimension, à la cité tout
son poids, aux citoyens toute leur responsabilité.
Les français se
mobilisent contre la montée des extrêmes.
La société civile
entre au gouvernement. Le discours de celui-ci se fait plus volontaire. Le
civisme revient à l’honneur. La notion de courage, de responsabilité et respect
aussi. On s’interroge sur la mission éducative de l’état.
Les associations
se démènent sur le terrain et cherchent à faire connaître leurs initiatives. Des
personnalités de la société civile les relayent en se mobilisant pour une
démocratie plus active.
Certains électeurs
et politiciens dénoncent le clivage droite-gauche traditionnel dans lequel ils
ne se reconnaissent plus.
Le succès
inattendu de films comme Amélie Poulain, le Papillon, Etre ou Avoir laissent
présager un retour des valeurs d’entraide au quotidien, du positif contre le
négatif, de l’engagement contre la démission.
Tout ceci est
révélateur d’un besoin de participation, d’action et de résultats. Notre
société bouge. La démocratie participative est à notre porte. Malheureusement,
le fossé entre société civile et pouvoir reste très large. La machine est
grippée et les passerelles sont rares. On le voit tous les jours.
Nicole Notat préfère
lutter pour ses principes en dehors des appareils car depuis la société civile
elle a plus de chances de voir son action aboutir.
Conscient qu’en
dehors d’un parti bien institué, il n’aurait aucune chance de gagner un siège à
l’assemblée, Christian Blanc, délaissant son nouveau parti Energie Démocrate[1], rejoint l’UDF pour faire passer ses
idées au parlement.
Alexandre Jardin
prône une révolution des méthodes[2], l’entrée de chacun en politique en
dehors du système par le biais du secteur associatif pour « rendre service au
pays avec plus d’efficacité » car il croit « qu’un ministre (ou élu) est ligoté
par un système qui rend marginale son action sur le réel ». Mettant son
projet à exécution, l’agence des pratiques qu’il a montée avec le soutien des
gouvernements successifs a capoté sitôt sa création, officiellement pour des
raisons budgétaires et des questions d’organisation, –et sans doute aussi pour
des luttes de pouvoir-. Alexandre Jardin a lucidement reconnu dans la presse
qu’il s’était fait rattraper par ce qu’il avait passé ces dernières années à
dénoncer…
Les luttes
internes au sein du PS sont le reflet de ces interrogations et de tous ces
changements. Mais aucune idéologie nouvelle et aucun parti nouveau ne réussit à
émerger sur les décombres du clivage droite-gauche.
Pourtant,
idéologie, institutions, éducation, responsabilité, participation, action sont
au centre des débats. La révolution est en marche…
Et tant mieux, car
il n’y a pas de fatalité ! La France n’est pas seule au monde. Regardons un peu
ce qui se fait, et comment les gens se comportent ailleurs ! D’autre pays ont
eu à surmonter les changements de ces dernières décennies et se sont préparés
pour les défis du millénaire qui débute. Ils s’en sortent bien. La Suède est
peut-être l’un des exemples les plus intéressants en la matière.
Retraites, réforme
de l’état, décentralisation, démocratie et participation, éducation, lutte
contre la violence, Intégration, handicapés, sécurité routière, parité, tous
les grands dossiers qui préoccupent les Français et sur lesquels nos politiques
et partenaires sociaux butent y ont trouvé des réponses. Tout n’est peut-être pas
parfait en Suède, mais on avance.
Que font les Suédois
de plus que les Français pour avancer ? Comment l’exemple de la Suède peut-il
nous inspirer ?
On m’opposera l’exception Française… et l’impossibilité d’ « importer » des idées et des solutions… Oui, bien sûr que les Français sont « exceptionnels » et différents. Il ne s’agit pas d’appliquer des recettes. Il s’agit d’observer le fonctionnement d’une société et d’une démocratie qui marchent, d’en démonter la mécanique, d’en déterminer les ressorts et la dynamique… pour nourrir notre réflexion et notre débat… Peut-être pourra-t-on alors prendre conscience qu’il faut faire des choix et les affirmer clairement.
Quelles valeurs souhaitons nous transmettre à nos enfants ? Que sommes nous prêts à céder pour reconstruire une société où il fait bon vivre ensemble, pour nous préparer à anticiper et à accompagner les évolutions à venir en restant lucides et ouverts sur le reste du monde? Jusqu’où sommes nous prêts à nous remettre en cause et à prendre notre part de responsabilité dans le processus ?
«La politique est la capacité d'une société à s'interroger, à formuler des réponses chaque fois temporaires, à inventer des articulations toujours insatisfaisantes pour faire tenir ensemble les différents pôles du peuple.»[3] Je préfère largement cette définition de la politique.
La Lumière nous
vient peut-être du Nord…
[1]
www.energiedémocrate.com
[2] 1+1+1= La révolution…..
[3] François Houle et Joseph-Yvon
Thériault, «La société des individus et la solidarité», dans L'État, la société civile et
l'économie, Les Presses de l'Université
Laval, L'Harmattan, 2001.

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